Association des laboratoires internationaux de recherche

logo LIR 2015 web
Maladies cardiovasculaires : des épidémies silencieuses

Maladies cardiovasculaires : des épidémies silencieuses

La persistance d’une incidence forte des accidents cardiovasculaires malgré des avancées thérapeutiques majeures s’explique par l’augmentation de l’incidence du diabète, de l’obésité et par le vieillissement de la population. Le diabète touche 6,2 % de la population française de 20 à 70 ans, une prévalence en forte augmentation, parallèle à celle de l’obésité (11,3 % en 2003).

Les diabètes, l’hyperlipidémie, l’obésité, l’insuffisance rénale, l’athérosclérose mènent à des pathologies cardiovasculaires, qui sont la principale cause de mortalité dans les sociétés industrialisées (29% des décès en France), talonnant les cancers (30%). Aujourd'hui, dans le monde, 285 millions de personnes sont diabétiques et l’Organisation mondiale de la santé prévoit 700 millions d’obèses en 2015. L'hypertension artérielle est le facteur de risque cardiovasculaire le plus important et le plus fréquent. Elle atteint 31% de la population française adulte (18-74 ans). Et malgré des avancées thérapeutiques, elle reste insuffisamment détectée, traitée et contrôlée.

 

Des chiffres alarmants

  • 180 000 décès par an en France
  • 2,5 millions de français diabétiques
  • 6,5 millions de français obèses
  • 13,6 milliards d'euros des dépenses en soins et bien médicaux concernent les maladies cardiovasculaires, soit 12,6% du total

 

Athérosclérose, maladie coronarienne, angine de poitrine, infarctus du myocarde, troubles du rythme cardiaque, insuffisance cardiaque, mort subite... Alors que la plupart des grandes maladies sont freinées grâce aux progrès thérapeutiques, les maladies cardiovasculaires augmentent. Les besoins de nouveaux traitements sont indéniables même si l’arsenal thérapeutique existant a déjà permis une lutte efficace. Les Rencontres Internationales de Recherche1 organisées en juin 2010 sur le thème des maladies métaboliques et cardiovasculaires ont permis de faire le point sur les nouvelles pistes thérapeutiques pour lutter contre ces maladies complexes.

Trouver les liens entre génome et environnement

Découvrir de nouvelles pistes de développement de médicaments, tester des hypothèses, l'un des points clés pour ces recherches restent l'accès à des patients bien identifiés sur leur pathologie, leur génome... Les cohortes sont les outils de la recherche en épidémiologie, fondées sur l’étude et le suivi prolongé (plusieurs années ou plusieurs décennies) de grandes populations de sujets sains ou malades, afin d'accumuler des connaissances fiables sur leur santé. Les cohortes permettent de quantifier l’incidence des maladies et surtout d’identifier des facteurs prédictifs de survenue de ces maladies, en isolant une variable (régime alimentaire, environnement, etc.) pour déterminer son rôle et son effet sur la santé, et prescrire ainsi de nouvelles règles (alimentaire, de sécurité, etc.). Or il existe en France des équipes d'épidémiologie génétique qui ont construit et exploitent de volumineuses bases de données bien structurées – jusqu'à un million d'individus -, qui sont de véritables mines d'or. Grâce à l'étude au niveau génétique de ces familles atteintes de maladies cardiovasculaires et qui sont restées sur une même zone géographique génération après génération, l'identification de gènes impliqués est facilitée.

Les études d'association du génome humain entier (GWAS) ont identifié environ 1500 endroits de l'ADN associés aux maladies complexes, dont un tiers d'entre eux sont impliqués dans les maladies cardiovasculaires : obésité diabète et autre maladies du métabolisme. Mais encore faut-il ensuite connaître leur rôle exact.

Au-delà d’analyser finement ce qui se passe au niveau des gènes, des approches innovantes intègrent également l’étude de l’épigénome, en étudiant non plus la séquence d’ADN, mais la régulation de l’activité des gènes. L’objectif est d’identifier ici les éléments de l’environnement qui agissent sur cette activité, et qui peuvent être modifiés dans le cadre d’une maladie cardiovasculaire. Cette connaissance peut apporter de nouvelles approches thérapeutiques.

 

Quatre défis majeurs pour la recherche

  • Identification des facteurs de risque avec la construction de cohortes de grande échelle
  • Détermination des marqueurs de suivi de la maladie et de l’efficacité des traitements
  • Trouver des nouvelles approches thérapeutiques pour stopper la progression de la maladie
  • Mettre en place des stratégies de prévention efficace, avec l’aide des sciences humaines et sociales

Traiter la composante inflammatoire des maladies cardiovasculaires

L’importance de l’inflammation dans la destruction tissulaire et la progression de nombreuses maladies, souvent chroniques, a été démontrée. Un des axes prioritaires de recherche est donc naturellement le décryptage des mécanismes de l’inflammation, de l’immunité innée et adaptative et de leur interaction avec les tissus. La composante inflammatoire est importante dans l'athérosclérose, une maladie progressive causée par l'accumulation de matières grasses comme le cholesterol, et qui entraîne souvent une maladie cardiaque et un accident vasculaire cérébral. Mais elle intervient aussi dans d'autres maladies cardiovasculaires. Tout un réseau de cytokines a déjà été identifié dans la littérature avec des actions pro ou anti-inflammatoires. Et des médicaments utilisant ces cytokines sont utilisés dans d'autres indications, ils pourraient être testés dans ces maladies.

Une des équipes académiques présente aux Rencontres Internationales de Recherche a présenté ses travaux visant à tester la voie originale de la vaccination afin d’induire une tolérance du système immunitaire et diminuer l’inflammation présente dans ces maladies cardiovasculaires et métaboliques.

Une autre équipe s’intéresse aux liens entre bactéries intestinales et maladies inflammatoires. Ces bactéries forment une interface entre la nourriture et l'épithélium de l'intestin et sont indispensables à son bon fonctionnement. En appliquant l’approche de la métagénomique - qui permet d'analyser les génomes de tous les microorganismes d'une niche écologique – pas moins de 3,3 millions de gènes bactériens ont été identifié dans notre tractus digestif, soit 150 fois plus que ceux du génome humain. Mais pour comprendre le rôle de tous ces gènes et identifier ceux impliqués dans une pathologie, un effort très important de recherche en réseau doit être entrepris. Recenser les espèces présentes, étudier les équilibres entre elles, peut permettre d’identifier si des perturbations de cet équilibre ou certaines espèces bactériennes pourraient être associées à des maladies.

Améliorer les thérapies

L’autre enjeu majeur est la mise en place de thérapies appropriées davantage orientées vers une individualisation des traitements. Certains traitements actuels sont uniquement palliatifs ou symptomatiques (substituts hormonaux pour les maladies endocrines, dialyse en phase finale des pathologies rénales, transplantation d’organe...). D’autres sont non spécifiques et induisent des effets secondaires (traitements immunosuppresseurs dans les maladies inflammatoires ou auto-immunes). Des pistes sont explorées pour améliorer les traitements existants et trouver de nouvelles approches.

Les recherches sur les cellules souches adultes et embryonnaires se poursuivent dans l’objectif de mettre au point des stratégies de thérapie cellulaire destinées à favoriser la néo-angiogenèse et la préservation/régénération du tissu myocardique. Déjà, du tissu cardiaque a pu être reconstruit à partir de cellules souches adipeuses. Les propres cellules du patient sont mises en culture par un procédé simple et selon les normes de bonnes pratiques de production en usage, un procédé tout à fait industrialisable. Elles sont ensuite réinjectées au patient et réparent les tissus cardiaques endommagés. D’autres équipes travaillent sur des cellules souches embryonnaires capables de se différencier en cellules cardiaques et qui pourraient être transplantées chez le patient ayant subi un infarctus pour régénérer du tissu myocardique. Ces thérapies cellulaires permettraient de restaurer les tissus et fonctions endommagés.

Autre piste, individualiser les traitements pour en augmenter l’efficacité. L'évaluation des pathologies cardiovasculaires, longtemps pratiquée de manière invasive (cathétérisme, exploration électrophysiologique...) devient aujourd'hui réalisable de façon non-invasive à l'aide de marqueurs physiologiques sanguins, tissulaires, fonctionnels ou d'imagerie, de plus en plus facilement accessibles. Ces marqueurs sont à visée diagnostique, pour une meilleure prise en charge du patient, pronostique pour prédire et suivre la réponse au traitement ou thérapeutique en pouvant être une cible pour un traitement. Les biomarqueurs du risque cardiovasculaire sont multiples. Par exemple, des biomarqueurs (dosage ultrasensible de la protéine C-réactive) permettent d’apprécier le processus inflammatoire chronique ; des dosages des isoformes cardiaques des troponines I et T, cardiospécifiques et très sensibles permettent une meilleure stratification du risque et l’optimisation du traitement des patients présentant un syndrome coronarien aigu (SCA).

Les efforts de recherche publics et privés doivent être renforcés dans ces maladies cardiovasculaires et métaboliques qui associent une grande fréquence et des complications dévastatrices. Ces maladies représentent un enjeu majeur de santé publique.

Trois questions à Christian Boitard, directeur de l'Institut thématique multi-organismes « circulation, métabolisme, nutrition » d'Aviesan (Alliance pour les sciences de la vie et de la santé)

Quels sont les principaux enjeux de la recherche ?
Nous devons avancer dans la compréhension des interactions entre le génome et l’environnement. Beaucoup de ces maladies ont une incidence qui peut être très différente selon les pays, voire même selon les régions. Pour pouvoir prévenir efficacement ces maladies, il faut qu’on comprenne les raisons de ces différences.

Quelles sont les nouvelles approches pour traiter ces maladies ?
Actuellement, les traitements existants sont souvent palliatifs. Par exemple, dans le diabète, le corps ne fabrique plus d’insuline, et le patient s’injectera de l’insuline. Les recherches sont intenses pour traiter plus en amont les maladies, pour prévenir leur évolution. Un enjeu majeur en médecine est de réussir à fabriquer des organes de remplacement avec les thérapies cellulaires et tissulaires.

Acteurs de recherche privés et publics ont-ils des approches complémentaires ?
Oui, tout à fait. Les objectifs sont communs : développer des tests diagnostiques ou des médicaments afin de mieux traiter les patients. La recherche académique a une liberté plus grande qui favorise la créativité, et l'industrie a une expertise très forte pour transformer les découvertes en produit. Nous avons besoin des deux pour lutter contre les maladies métaboliques et cardiovasculaires, qui sont des maladies complexes.

 

1 Initiative du LIR en 2009, ces rencontres sont un lieu privilégié où se retrouvent les meilleures équipes académiques et les patrons de recherche des grands laboratoires pharmaceutiques avec un objectif commun : trouver des partenaires pour avancer plus vite. 

Tous les articles relatifs à :

Recommander cet article :

Publié le 02/06/13

Les 12 entreprises internationales membres du LIR

  • Laboratoire Abbvie
  • Laboratoire Astellas
  • Laboratoire Astrazeneca
  • Laboratoire Bayer
  • Laboratoire Biogen
  • Laboratoire Boehringer Ingelheim
  • logo-gsk-2014
  • Laboratoire Janssen
  • MSD LOGO
  • Laboratoire Novartis
  • Laboratoire Roche
  • Laboratoire Takeda

 

Copyright © 1997-2018 Imaginons la Santé - c/o Régus Trocadéro - 112 Avenue Kléber - 75016 Paris

Ce site respecte les principes de la charte HONcode de HON
Ce site respecte les principes de la charte HONcode. Vérifiez ici.

Ce site ne collecte aucune donnée personnelle sans votre consentement préalable.

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez notre Politique de confidentialité - En savoir plus

J'ai compris

Nous utilisons les technologies standard de l’Internet nécessaires pour assurer le bon fonctionnement de ce site. Cela veut dire que, de fait, nous collectons et stockons des informations, mais par défaut ce sont des informations anonymes et qui ne sont stockées que le temps de votre visite.

Par exemple nous détectons le type de navigateur que vous utilisez pour que notre serveur vous délivre la page la mieux optimisée, ou nous déponsons un cookie de session pour assurer la sécurité de votre navigation.

Evidemment, si vous vous inscrivez à l’un de nos services (mailing liste, espace personnel, etc.), ou que vous nous contactez, nous vous demandons des données personnelles.
Pour savoir comment nous les gérons ou comment exercer vos choix, consultez notre Politique de confidentialité.