LA RECHERCHE PHARMACEUTIQUE DANS LE MONDE

 

21/06/11

35 ANS DE RÉSULTATS DE LA RECHERCHE PHARMACEUTIQUE DANS LE MONDE (1975-2009)

 

De nos jours, on trouve peu de rapports sur la recherche pharmaceutique sans que ne soit soulignée la perte de productivité. A ce titre, le Comité économique des produits de santé (CEPS) évoque dans son rapport 2010 « un essoufflement des grandes classes de croissance, une moindre productivité de la recherche ». En dépit de budgets colossaux engloutis, qui avoisinent ou dépassent le milliard de dollars par molécule, le nombre de nouveaux médicaments commercialisés quant à lui ne cesserait de se réduire comme peau de chagrin. Mais la productivité de la recherche pharmaceutique peut-elle se réduire au seul nombre de médicaments mis sur le marché ?

 

Paul-Etienne Barral, chimiste de formation, a réalisé toute une partie de sa carrière dans l’industrie pharmaceutique. Il a choisi de répondre à cette question épineuse en étudiant dans le détail les caractéristiques des médicaments commercialisés sur les 35 dernières années dans le monde, soit 1770 produits. Ce travail de grande ampleur lui a permis de contester cette idée reçue de baisse de productivité. Car si quantitativement, le nombre de nouveaux médicaments commercialisés dans le monde a bien diminué dans les 15 dernières années (1995-2009), ce chiffre ne prend cependant pas en compte les ruptures scientifiques ou technologiques comme l’arrivée des médicaments issus des biotechnologies. Inexistants entre 1975 et 1984, ils représentaient 15 % des nouveaux médicaments durant les 15 dernières années. Et ce pourcentage va encore augmenter.

 

Afin d’appréhender au mieux ce caractère innovant des molécules commercialisées, Paul-Etienne Barral les a analysées sous deux dimensions : l’innovation pharmacologique (mode d’action, source de substance, mode de production par exemple) et l’innovation thérapeutique (bénéfice clinique pour le patient, modification du cours de la maladie voire éradication). Appliquées aux 1770 produits, les résultats sont surprenants. A partir de 1995, les médicaments innovants selon ces deux critères ont tous été mondialisés (c’est-à-dire commercialisés dans tous les pays suivants : France, Allemagne, Royaume-Uni, Italie, Suisse, États-Unis et Japon), contre seulement un tiers dans les deux décennies précédentes. Inversement, le taux de mondialisation des produits les moins innovants a diminué dans les 5 dernières années (60 % seulement) contre 85 % dans les vingt années précédentes.

 

La diminution quantitative des nouvelles molécules commercialisées n’est donc pas nécessairement le signe d’une moindre productivité, mais d’une concentration de l’industrie pharmaceutique sur des produits plus globalisés et plus innovants, ces deux caractéristiques étant liées. Ce sont 14 % des médicaments nouveaux entre 1975 et 1984 qui sont parvenus à être mondialisés en moins de 5 ans, 21 % dans la décennie suivante et 35 % entre 1995 et 2004. Plus un médicament est innovant, plus la mondialisation sera rapide. Cette accélération s’explique aussi par d’autres facteurs : progrès de l’enregistrement européen des médicaments nouveaux, réforme de la Food and Drug Administration aux États-Unis, harmonisation internationale des standards de développement pharmaceutique et clinique.

 

Sur cet échiquier mondial, la France est en perte de vitesse réelle en termes de production de R&D pharmaceutique. La répartition des 548 médicaments mondialisés (commercialisés dans les 7 pays du G7), est plus que préoccupante : 43 % proviennent des États-Unis, 12 % du Royaume-Uni, 11 % d’Allemagne, 9 % de la Suisse et 5 % seulement de la France. Globalement, la production de nouvelles entités a diminué en Europe et au Japon, au profit des États-Unis. Et le mouvement n’est pas près de s’inverser. Dans les 5 dernières années, les États-Unis restent la principale source de produits nouveaux mondialisés, Suisse et Royaume-Uni demeurant les premiers pays européens découvreurs, au détriment du Japon, de l’Allemagne et de la France.

 

Différents facteurs jouent en faveur (propriété intellectuelle protégée, politiques publiques de soutien à l’innovation, régimes de prix et de délais d’accès au marché favorables) ou défaveur (principes de précaution, renforcement des Agences réglementaires et pression des organismes payeurs) de l’innovation pharmaceutique.Maintenir un flux d’innovation pour répondre aux besoins de santé est un impératif pour les territoires traditionnellement sources d’innovation comme peut l’être la France. Des mesures favorables ont été prises récemment (crédit d’impôt recherche, pôles de compétitivité, essor des partenariats public-privé, etc.) mais sont-elles à la hauteur de la redistribution des cartes qu’on observe au niveau mondial? La France a certes perdu des places dans la compétition internationale mais elle a encore la capacité de rebondir. A condition de redéfinir la notion d’innovation sans la restreindre au seul apport thérapeutique.

 

Ce rapport de synthèse qui vous est proposé ci-après a été réalisé par Annie Chicoye – AC Health Consulting.

 

> L'étude complète de Paul-Etienne BARRAL - une publication LIR (pdf)